Après avoir analysé la mort et l'amour dans Tristan et Iseut, nous allons voir comment établir un lien entre ces deux thèmes principaux. En effet, l'amour ne va pas sans la mort dans ce roman et chacun entraîne l'autre. Dans un premier temps nous allons nous poser des questions concernant l'amour entre Tristan et Iseut vivants, puis mort et nous allons nous demander si, oui ou non nous pouvons admettre le roman de Tristan et Iseut comme ayant une belle fin. Dans un second temps, nous allons détaillé les combats, c'est à dire ceux qui engendrent l'amour et ceux qui sont engendrés par celle ci.
Confrontation de l'amour et de la mort.
La relation amoureuse qui lie nos deux protagonistes semble dès le début vouée à l'échec, impossible. Il est évident qu'ils ne devaient pas s'aimer. Si cet amour existe, c'est à cause d'un filtre d'amour qui aurait du faire naître une relation amoureuse entre le roi Marc et Iseult. (Faut-il encore considérer que l'auteur de leur passion n'est autre que l'inhalation philtre). De ce fait, leur liaison ne peut être que tourmentée. En effet, ils ne peuvent la dévoiler au grand jour, se doivent de se cacher et ainsi vivre dans la peur de se faire découvrir. Prenons par exemple le début de l'œuvre, les moyens mis en place pour se rencontrer en cachette sont d'une forte discrétion, mais la félonie de certains barons les conduit à être pris en flagrant délit par le Roi, par chance ils arrivent vite à mettre une stratégie pour ne pas être dévoiler, mais commettent à nouveau quelques imprudences qui engendrent la volonté du roi de les faire tuer, ce qui marque la première apparition du risque de mort entre les deux amants. Il s'avère que Tristan réussi à s'enfuir et Iseut évite la condamnation. Autre exemple, vivant cachés dans une forêt, le Roi en est mis au courant, il les découvre côte à côte, sommeillant séparés par une épée ce qui symbolise l'abstinence et atténue donc les doutes d'une relation possible entre les deux jeunes gens, ils leur fait comprendre qu'ils ne risquent rien en échangeant la bague qu'il porte à son doigt avec celle qu'Iseut porte et interverti l'épée qui sépare les deux corps avec la sienne. A leur réveil, Tristan et Iseut sont soumis à un malentendu, alors qu'ils vivaient paisiblement ils sont contraints à s'enfuir de peur que le Roi n'arrive avec une armée pour les tuer. Ainsi, ils sont à nouveau séparés. Nous pouvons donc en déduire que leurs séparations sont souvent liées à la crainte de la mort, et bien qu'ils réussissent toujours à se retrouver, ils ne vivront jamais ensemble, du moins pas étant vivant. L'amour ici constitue donc une source d'angoisse plus qu'un sujet d'exaltation, faisant donc apparaître l'image de l'amour destructeur.
A la fin du roman, Tristan meurt à cause de la jalousie de sa femme, Iseut aux Blanches Mains, elle lui a fait croire que le navire de son messager (envoyé pour aller chercher Iseut) revenaient avec une voile noire, ce qui voulait donc dire que Iseut la Blonde ne s'y trouvait pas. Iseut se trouvait bel et bien sur le navire, elle, meurt à son arrivée, découvrant le corps de son défunt amant. Les deux corps sont enterrés dans deux cercueil voisins . On peut ainsi voir dans leur mort la réalisation suprême d'un amour qui dépassait nécessairement les bornes du monde des hommes, un amour réciproque -contrairement aux roman courtois de l'époque- mais impossible à maîtriser et contradictoire avec les idées de l'Église répandues dans toute l'Europe à cette époque (adultère, suicide, le philtre pouvant être considéré comme de la sorcellerie). Maintenant que les amants sont morts, ils peuvent vivre leur amour librement, sans aucune contrainte. Cet amour immortel est symboliser par les ronces qui poussent et se rejoignent sur leurs tombes. On peut même voir dans le choix de cette plante une allusion à l'amour, la ronce n'étant en effet qu'une rose sauvage, il est possible que ce soit en fait une représentation allégorique de ce sentiment qui a conditionné leur vie et les a poussés jusqu'à la mort.
Apparaît donc tout au long du récit les notions d'amour destructeur et d'amour éternelle, pouvons nous donc conclure par le fait que le roman d'amour et de mort qu'est celui de Tristan et Iseut s'achève bien ? La mort à la fin d'une œuvre est caractéristique du registre tragique et pourtant elle représente ici la seule échappatoire à un union voué à l'échec. Si l'amour entre Tristan et Iseut avait été concevable dans le royaume des vivants, la fin aurait été tragique, ici, il est évident que jamais les deux amants n'auraient pu s'aimer en toutes libertés, toujours contraints à se cacher, leurs liens auraient peut être fini par se défaire alors qu'au contraire la morte a permis leur immortalisation.
Ainsi nous sont contés les effets destructeurs de la passion. Par amour Tristan et Iseut ont oublié leurs devoirs, ont renié leur honneur chevaleresque, ont souffert et finalement ont péris. Cependant leur couple ballotté, déchiré à résisté aux épreuves, à la tentation de se dépendre. L'amour sort finalement vainqueur, purifié par la souffrance et consacré par la mort.